Bienvenue sur la généalogie des familles 
NOTTEGHEM et NUGUES

 

Le sentiment d'appartenance est peut-être ce qui nous relie le plus à notre humanité.
Appartenir à une famille, une patrie, une terre, une femme...
Peut-on vivre autrement ?

C. Dagher, Le couvent de la lune, Plon 2004

 

 

 

 

Sin-le-Noble par J.B. Corot

 

 

 Généalogie

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Extrait de « Origines »

© Amin Maalouf, ed. Grasset & Fasquelle, Paris, 2004

  Seule ma grand-mère aurait pu me dire ce qu'il y avait exactement dans la lettre de son frère, si seulement j'avais songé à le lui demander ... Elle l'avait lue et relue, les mots s'étaient forcément imprimés dans sa mémoire de jeune femme, et jusqu'à la fin de sa vie. Que je m'en veux d'avoir à ce point manqué de curiosité ! La présence des vieilles personnes est un trésor que nous gaspillons en cajoleries et boniments, puis nous restons à jamais sur notre faim; derrière nous des routes imprécises, qui se dessinent un court moment, puis se perdent dans la poussière.

   Certains penseront : Et alors ? Quel besoin avons-nous de connaître nos aïeuls et nos bisaïeuls ? Laissons les morts, selon une formule galvaudée, enterrer les morts, et occupons-nous de notre propre vie !

   Aucun besoin pour nous, il est vrai, de connaître nos origines. Aucun besoin non plus pour nos petits-enfants de savoir ce que fut notre vie. Chacun traverse les années qui lui sont imparties, puis s'en va dormir dans sa tombe. A quoi bon penser à ceux qui sont venus avant nous puisque pour nous ils ne sont rien ? A quoi bon penser à ceux qui viendront après nous puisque pour eux nous ne serons plus rien ? Mais alors, si tout est destiné à l'oubli, pourquoi bâtissons-nous, et pourquoi nos ancêtres ont-ils bâti ? Pourquoi écrivons-nous, et pourquoi ont-ils écrit ? Oui, dans ce cas, pourquoi planter des arbres et pourquoi enfanter ? À quoi bon lutter pour une cause, à quoi bon parler de progrès, d'évolution, d'humanité, d'avenir ? À trop privilégier l'instant vécu on se laisse assiéger par un océan de mort. A l'inverse, en ranimant le temps révolu on élargit l'espace de vie.

   Pour moi, en tout cas, la poursuite des origines apparaît comme une reconquête sur la mort et l'oubli, une reconquête qui devrait être patiente, dévouée, acharnée, fidèle. Quand mon grand-père avait eu, à la fin des années 1880, le courage de désobéir à ses parents pour aller poursuivre ses études dans une école lointaine, c'est à moi qu'il était en train d'ouvrir les chemins du savoir. Et s'il a laissé, avant de mourir, toutes ces traces, tous ces textes en vers et en prose soigneusement recopiés et accompagnés de commentaires sur les circonstances dans lesquelles il les avait dits ou écrits, s'il a laissé toutes ces lettres, tous ces cahiers datés, n'est-ce pas pour que quelqu'un s'en préoccupe un jour ? Bien sûr, il ne pensait pas à l'individu précis que je suis, moi qui ai vu le jour un quart de siècle après sa mort ; mais il espérait quelqu'un. Et puis, de toute manière, peu importe ce qu'il avait pu espérer lui-même ; du moment que les seules traces de sa vie sont à présent dans mes mains, il n'est plus question que je le laisse mourir d'oubli.

   Ni lui, ni aucun de ceux à qui je dois la moindre parcelle d'identité - mes noms, mes langues, mes croyances, mes fureurs, mes égarements, mon encre, mon sang, mon exil.

   Je suis le fils de chacun des ancêtres et mon destin est d'être également, en retour, leur géniteur tardif.

 

 

 


 

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