Logo

 

Instruction sur les prix de vertu Monthyon.

B. Franklin et J.A. de MontyonUn vénérable magistrat, M. de Monthyon, frappé de l'oubli où la société laisse ensevelies les actions les plus vertueuses et les plus honorables quand ce sont des individus d'une humble condition ou d'un rang inférieur qui donnent à leurs concitoyens des exemples admirables de dévouement, de philanthropie et de désintéressement, a laissé, par son testament, à l'Académie française, un capital considérable, dont l'intérêt doit servir à décerner chaque année des prix et des médailles aux individus qui se seront distingués par les actes les plus modestes et en même temps les plus nobles et les plus généreux de vertus et de charité.

Ainsi, par la belle fondation de M. de Monthyon, la vertu et les actes de charité ne sont plus récompensés seulement par la conscience du bien qu'on a opéré, mais c'est au nom de la Société en général qu'une récompense publique, honorable et utile leur est décernée.

Pour répandre les bons exemples, faire apprécier les actions vertueuses et encourager à les imiter, nous nous empressons de faire connaître les noms des personnes auxquelles l'Académie a décerné dans sa séance publique du 9 août 1832 des prix de vertu et des médailles.

PRIX DÉCERNÉS.

Actions vertueuses récompensées en 1832.

1° un prix de 5000 fr. à Eustache, dit Belin, nègre né à Saint-Domingue, en 1773, demeurant à Paris, qui, lors de la révolte des noirs à Saint-Domingue, a deux fois sauvé la vie à ses maîtres, a dérobé à la mort une multitude de colons, et n'a cessa pendant toute sa vie de porter des secours, des bienfaits et des consolations de toute nature aux malheureux, aux indigens et à tous ceux qui sont dans l'infortune et le besoin.

 

2° Un prix de 3000 fr. à Pierre-Thomas-Laurent Paillette, limonadier à La Villette, arrrond. de Saint-Denis (Seine). Nageur habile, des qu'il est instruit des dangers d'un de ses semblables, il se hâte de voler à son secours. Tantôt ce sont des enfans imprudens, tantôt des femmes au désespoir, des hommes malheureux et sans ressource qu'il retire de l'eau où les allait engloutir, soit le hasard, soit leur volonté. Ces traits, qui lui sont familiers, remontent jusqu'à son enfance. Dans l'espace de quelques années, Paillette a sauvé plus de soixante personnes au péril de sa vie. Le jour, la nuit, l'été, l'hiver, il est prêt : Il s'est fait, pour ainsi dire, l'esclave de sa vertu : il appartient à quiconque est en danger. On vient le réveiller sans cesse pour les asphyxiés ou pour les blessés, dont sa maison est devenue l'hospice. Il recueille sous son toit les malheureux qu'il a dérobés au trépas, les veille, les garde, les nourrit, leur distribue les parcelles de sa mince fortune, rappelle à de bons sentiments ceux que l'excès de la détresse a entraînés au suicide et ne les renvoie qu'après s'être assuré qu'il ne doit craindre aucune récidive.


3° Un prix de 5000 fr. à Julie Bagot, demeurant à Saint- Brieuc (Côtes-du-Nord), qui, ne possédant que 700 fr. de revenu, a fondé un établissement pour les orphelines de la classe pauvre. Dans cet asile, que sa tendre sollicitude a imaginé d'ouvrir à l'enfance malheureuse et isolée, on apprend aux élèves à lire, à écrire, à tricoter, à coudre, à filer la laine, sans négliger leurs devoirs ni la religion. L'établissement, composé dans l'origine de 4 orphelines seulement, compte aujourd'hui dans son sein 40 jeunes filles, appartenant aux familles les plus indigentes. Quand leur éducation est finie, leur institutrice ne s'en tient pas là, elle leur procure encore des conditions avantageuses chez des personnes de bien. Déjà plus de cent orphelines lui doivent leur existence.

MÉDAILLES DÉCERNÉES.

Une médaille de 2000 francs à Marie-Jeanne Dubois, veuve Vignon, demeurant à Paris, rue du Foin, n° 4, au Marais, qui, avec un courage incroyable, a sacrifié toutes ses ressources à secourir son amie, madame Dutois, et s'est intrépidement attelé à une petite charrette pour la transporter de Bordeaux à Paris, où elle a pu, au moyen de son travail, subvenir à l'existence de toutes deux.

 

Douze médailles de 500 fr. chacune:

 

1° A Philibert Gallion, demeurant à Feillens, canton de Bagé-le-Châtel (Ain), qui a recueilli chez elle des orphelins à qui leurs parens n'avaient laissé d'autre héritage que leur misère. Elle les a élevés et mis en état de se suffire à eux-mêmes par leur travail.

 

2° A Jeanne Savi, femme Julien, demeurant au hameau de la Vialle-Destours, commune de Monitrol d'Allier, canton de Saugues (Haute-Loire), qui, au péril de ses jours, a sauvé des flammes M. Antoine Comte, vieillard paralytique, l'a conduit chez elle, l'y a soigné pendant huit jours pour le remettre de l'effroi qu'il avait éprouvé.

 

3° A Marie Robert, demeurant à Cénon-Labastide (Gironde), qui, pendant 42 années, a environné de ses soins ses maîtres, tombés dans le malheur, et n'a jamais voulu recevoir de gages ni les quitter. Aujourd'hui, elle n'a plus que son travail, et c'est par son travail qu'elle soutient et fait vivre sa maîtresse, qui était p!us âgée que le mari, qu'elle a perdu.

 

4° Aux demoiselles Louise Scholastique Rebière et Barbe Calaine, dite Laprairie, demeurant à Nancy (Meurthe), vivant ensemble, et n'ayant pour subsister que leur travail ; elles ont cependant pris à leur charge, il y a treize ans, uns pauvre femme âgée, accablée d'infirmités graves, et réduite à un état habituel de marasme. En 1821, elles ont recueilli de même une jeune orpheline qu'elles ont fait aussi subsister de leur travail pendant dix années.

 

5° A Charlotte Pierre, demeurant à Guingamp (Côtes-du-Nord). Restée orpheline dans un âge encore tendre, elle s'est placée comme domestique chez mademoiselle Boisseau, à laquelle elle n'a cessé de consacrer sa vie entière pendant 50 années. Le travail auquel elle se livre encore aujourd'hui, malgré son grand âge, ne produit que 2 fr. par semaine, et elle est encore charitable envers les pauvres.

 

6° A Christophe Sancez, dit Gros-Gros, demeurant à Lisle-sur-le-Doubs, arrond. de Baume (Doubs). Il est maçon de son métier ; il a quatre enfans encore en bas-âge; il est pauvre, n'ayant que son métier pour vivre ; son courage et son humanité font qu'il est toujours disposé à se précipiter dans les eaux, au péril de sa vie, pour sauver ses semblables du danger; il est pour eux comme une seconde Providence; on compte tellement sur son intrépidité qu'on court l'avertir et le chercher aussitôt que l'occasion se présente de faire quelques actes semblables de charité et de force d'âme. On cite douze personnes qui auraient péri infailliblement sans lui.

 

7° A Marie-Emilie Marjolin, veuve Masson, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré, n° 263. Cette pauvre cardeuse de matelas a pris à sa charge et a continué de faire subsister depuis 1816, une veuve, âgée de 79 ans, et sa fille, âgée de plus de 30 ans, infirme et paralytique.

 

8° A Marie -Madeleine FOURNIER, demeurant à Paris, rue Beautreillis. n° 7. Pendant 56 ans, cette estimable domestique a prodigué ses soins, ses forces, ses économies pour servir et secourir sa maîtresse et son fils unique que des circonstances malheureuses et une santé débile ont plongés dans la détresse.

 

9° A Marie Marcillac, demeurant à Meyrueis, arrond. de Florac (Lozère). Pauvre, elle s'est toujours occupée de faire le bien ; jeune encore, elle avait ouvert chez elle une petite école gratuite  ; elle montrait à lire et à écrire aux enfans indigens, et leur donnait souvent des alimens qu'elle prenait sur son propre nécessaire. On cite d'elle une multitude de traits d'une bonté vraiment angélique.

 

10° A Marie-Julienne Driancourt, veuve Fortier, demeurant à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise). Cette veuve est revendeuse de légumes, et n'a jamais eu d'autre ressource pour vivre que son travail. Cependant, en 1812, elle a pris à sa charge deux orphelins en bas âge, sans asile et sans pain ; aile les a nourris, en a eu soin et les a élevés en bonne mère pendant l'espace de huit années, jusqu'en 1820.

 

11° A Marie-Anne Allardin, femme Wiblet, demeurant à Grange-au-Mont, commune de Mont-Dieu, arrond. de Sedan (Ardennes). Née d'une famille probe et honnête, elle a, dans le pays, la réputation d'être comme la Providence des pauvres, des vieillards, des infirmes; aucun ne se présente à sa demeure, sans être soulagé, secouru par elle; cette excellente femme donne à chacun les soins que sa position exige ; rien ne la rebute : elle panse leurs plaies, lave leurs linges, couvre leur nudité, et partage avec eux quelquefois le dernier morceau de pain qui lui reste à la maison.

 

12° A Pierre Launay-Pichardière, de la commune de Tirepied, arrond. d'Avranches (Manche), qui, au péril de sa vie, est descendu quatre fois de suite dans un puits infect où trois ouvriers se trouvaient asphixiés pour arracher ces malheureux à la mort.

 


 

Dans sa séance publique du 9 août 1833, l'Académie française décernera les prix et médailles provenant des libéralités de M. Monthyon, et destinés à récompenser les Actes de vertu et les Ouvrages les plus utile aux mœurs, qui auront paru dans les deux années précédente. C'est un devoir de la part des personnes qui auraient connaissance d'actes qui mériteraient ces récompenses, d'en informer l'autorité, d'inviter les Maires à faire les Rapports, à délivrer les Attestations et Certificats nécessaires, et à les transmettre ensuite duement légalisés au Secrétaire perpétuel de l'Académie française, par l'intermédiaire des Préfets.

 

Médailles d'encouragement pour exciter parmi les ouvriers des ateliers d'industrie l'esprit d'ordre, l'amour du travail et le zèle pour les devoirs de leur profession.

 

D'après un arrêté pris par la Société d'encouragement, le 22 septembre 1820, il a été décidé que cette Société consacrerait tous les 4 ans une somme de 5,000 fr., partagée en cent parties de 50 fr. chacune, pour être distribuée avec une médaille de bronze aux contre - maîtres des grands établissemens d'industrie dans toute la France, que la Société jugera dignes de cette distinction.

La première distribution de ces médailles a eu lieu en 1831. Une seconde distribution aura lieu en 1833, et les autres se succéderont ensuite de 4 en 4 ans. Chaque médaille, à laquelle est jointe une somme de 50 fr., porte gravés le nom du contre-maître et celui de l'atelier où il est employé. Les contremaîtres qui croiraient avoir droit à ces médailles devront se munir de certificats convenablement légalisés attestant leur moralité et les services qu'ils ont rendus depuis 5 ans au moins à l'établissement auquel ils sont attachés en qualité d'ouvriers. Les certificats devront être appuyés, non seulement par le chef de la maison, par la maire et les autorités locales, mais encore par les ingénieurs civils ou militaires et les membres de la Société d'encouragement qui résident sur les lieux on qui les fréquentent.

Les certificats devront réunir la plus grande authenticité, et seront envoyés à la société d’encouragement, rue du Bac, n° 42, avant le 1er février de l’année de la distribution des médailles.

Le contre-maître ne peut être ni le parent ni l’allié, ni l’associé des propriétaires de l’établissement. Il devra savoir lire et écrire ; il faudra qu’il se soit distingué par son assiduité à ses travaux, son intelligence et les services qu’il a rendu à l’atelier. A mérite égal, la préférence sera accordée à celui qui saura dessiner et qu’il aura fait faire des progrès à l’art qu’il exerce ; enfin, les certificats, en attestant que ces conditions sont remplies, donneront sur le candidat tous les détails propres à faire apprécier ses qualités.

 

 

 

 

Un double-clic, dans le texte, vous amène en haut de page

Mis à jour le 3 août 2006

// // ]]>
Valid XHTML 1.0 ! Valid CSS!