Le principal succès des Almanachs, qui se distribuent en si grand nombre dans les villes et les campagnes, repose sur la croyance générale que l'on y trouve l'indication du temps qui doit régner.
L'ignorance de ceux qui les confectionnent, l’assurance avec laquelle ils pronostiquent la pluie ou le beau temps, suffisent pour démontrer l'erreur où l'on est quand on accorde le moindre degré de confiance aux prédictions de ces charlatans ; mais l'absurdité est surtout de ne vouloir accueillir que ce qui paraît sortir d'une ville étrangère, où le temps diffère essentiellement de ce qu'il est dans presque tous les lieux où se répandent les Almanachs de Liége. L'ignorance seule pouvait justifier la prétention de trouver dans un Almanach le temps qu'il fera à jour fixe. Ce qu'il est possible de donner et ce qui doit être très-profitable à l'homme des champs et à toutes les classes des lecteurs, ce sont des indications générales, des signes et pronostics du temps dans le genre de ceux que contient L'Almanach de France.
Le but d'un livre répandu dans les mains de tous et si fréquemment consulté, doit être le vrai et rien que le vrai ; autant il est utile de faire connaître les moyens bien constatés de prévoir le temps, et par conséquent d'en profiter s'il est avantageux et de s'en garantir s'il doit être nuisible, autant il est dangereux d'écouter des prescriptions qui n'ont aucun fondement et qui ne peuvent qu'égarer dans une fausse route.
Un Almanach est incomplet lorsqu'il ne renferme que des prédictions du temps. Un Almanach est le livre usuel par excellence, puisque le calendrier des jours le rend indispensable pour tous les usages de la vie civile : il doit donc contenir toutes les notions utiles d'un usage général que son cadre comporte, et donner une foule de documens et de renseignemens sur ce qui est d'une continuelle application.
Pénétrée de l'importance d'un livre consulté avec le même empressement, et souvent avec la même crédulité, dans l'atelier, dans la chaumière et dans le château, dans les campagnes et dans les villes, la Société pour l'Émancipation Intellectuelle a mis an nombre des devoirs qu'elle s'est imposés. La rédaction d'un Almanach qui fût national par son titre autant que par son esprit. Les relevés statistiques portent à 800,000 la moyenne des almanachs vendus. Les dispositions prises par la Société pour l'émancipation intellectuelle assurent le placement de l'Almanach de France à un millon trois cent mille exemplaires.
Une telle publication est sans contredit le plus important problème de civilisation nationale que l'on puisse aborder. — La Société pour l'Émancipation Intellectuelle, forte de ses 100,000 Membres correspondans, pouvait seule le résoudre : c'est le motif qui la détermine à céder cette année aux instances de ses membres correspondans, qui l'ont vivement pressée de ne pas attendre l'année 1834 pour livrer bataille au charlatanisme, tyran dont l'ignorance et la superstition font toute la force. La Société, pour contenir une lutte à laquelle elle ne s'était pas suffisamment préparée, a dû compter sur le dévoûment de tous ses membres. Le Journal de Connaissances Utiles l'a dît et prouvé : « Toute entreprise fondée avec une volonté énergique du bien est de sa nature perfectible, conséquemment imparfaite à son début. »
L'Almanach de France, publié pour l'année 1833, s'améliorera progressivement. Les omissions qui pourraient être signalées à la Société par ses membres correspondans seront comblées. Les articles d'une utilité seulement contestable seront remplacés. Il faut qu'une œuvre de ce genre reçoive la vive lumière d'une grande publicité; que sa supériorité soit controversée, niée peut-être ; que ses plus légères imperfections soient mises en saillie. Toutes les observations, toutes les critiques seront accueillies, méditées. Un livre qui peut sans secousse opérer une révolution dans les mœurs, les conditions de santé, de fortune, de bonheur; dans l'instruction agricole et industrielle, et par suite dans l'état de prospérité de tous, doit être une ŒUVRE COMMUNE, à laquelle sont appelés à participer par leurs avis tous les membres correspondans de la Société.
Les hommes qui ont rédigé L'Almanach de France n'ont pas la présomption de croire qu'ils ont deviné tous les besoins et qu'ils les ont tous satisfaits. Telle est leur bonne foi, qu'ils n'hésitent pas à exprimer leur conviction, qu'un bon almanach ne saurait être fait pour toute la France, du moins en ce qui concerne beau coup de spécialités qui en augmenteraient considérablement l'utilité. Chaque département doit avoir son Almanach spécial ; si l’on veut qu'il y exerce une puissante influence ; sa rédaction doit varier selon que le département est plus particulièrement agricole ou manufacturier, selon qu'il est frontière ou maritime, enfin selon que l'instruction élémentaire y est plus ou moins avancée.
La France est divisée en 86 départemens, ce sont donc 86 Almanachs à publier. Cette tâche abandonnée de tous, la Société pour l'Émancipation Intellectuelle l'entreprendra ; mais si l'on réfléchit aux difficultés qu'une telle entreprise doit rencontrer, au genre et au nombre des documens qu'il faut rassembler, on comprendra qu'il lui était impossible de réaliser ce plan dans la 1re année de sa fondation : le temps lui manquait. L'Almanach qu'elle publie cette année offre en généralités pour toute la France, ce qui sera modifié selon les localités dans les 86 Almanachs spéciaux de l'année prochaine, et il en forme en quel que sorte la base fondamentale et le point de départ. Un Almanach ainsi conçu et exécuté forme le 1er degré d'une Instruction Professionnelle pour toutes les classes de la Société. Cette instruction doit être complétée, selon l'état et la position de fortune de chacun, par des Livres-Manuels, ouvrages élémentaires, donnant pour chaque profession les notions utiles qui peuvent mettre celui qui la pratique en état de l'exercer avec tous les avantages dont elle est susceptible et de lui faire faire des progrès.
Après avoir ouvert et tracé la route par un Almanach qui s'adresse à toutes les classes, il était nécessaire do
présenter à chacune d'elles un guide spécial et pratique ; elles n'auront, pour le trouver, qu'à choisir
parmi les 300 Traités élémentaires sur les Sciences, les Arts les Métiers, l'Agriculture,
qui doivent entrer dans la composition des 3,000 bibliothèques formées par la Société
Nationale pour l'Émancipation Intellectuelle.
Le Secrétaire général,
Emile de Girardin.
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Mis à jour le 3 août 2006