— Un architecte d'Alby, M. Lebrun, a conçu l'idée de bâtir entièrement en béton toutes les parties d'un édifice à plusieurs étages. Il a fait usage des ingrédiens suivans : une partie de chaux, une de sable pur et fin, et deux de gravier ou cailloux de quelques centimètres. Ces matériaux bien mélangés ont été massives dans un caisson, à peu près de la même manière qu'on construit les maisons en pisé ; 6 heures en été et 12 au printemps ont suffi pour donner de la consistance au béton : on a moulé de cette manière toutes les parties de l'édifice, telles que murs, corniches, balcons, et même des voûtes qui ont 5 mètres de corde. Cette maçonnerie encore plus économique que celle en brique, puisqu'elle ne revient qu'à 8 f. 20 c. le mètre cube dans le département du Tarn, résiste parfaitement, même sans peinture, à toutes les intempéries des saisons, et les voûtes elles-mêmes sont très-solides.
Moyen d'éloigner les fourmis des appartemens.
— La petite fourmi s'introduit dans les armoires à réserve de ménage, où elle produit souvent, dans les provisions, un très-grand dommage; le moyen sûr de l'éloigner, c'est de couvrir les rayons sur lesquels on veut l'empêcher d'arriver, de feuilles de tabac ; l'odeur de cette plante éloigne ces insectes; ils ne peuvent en supporter l'influence qui leur est toujours funeste. La plupart des plantes à odeur forte jouissent de la même propriété.
Moyen de rendre les chaussures imperméables.
— On fait bouillir une pinte d'huile de lin, une demi-livre de suif de mouton, six onces de cire blanche, et quatre onces de résine. Cette composition s'applique chaude (de manière cependant à ne pas brûler la cuir) sur les bottes ou souliers neufs on l'étend partout avec une brosse, et elle n'ôte rien à la souplesse du cuir en séchant. Les pécheurs restent très-long-temps dans l'eau avec des chaussures ainsi préparées, sans qu'elles prennent l'humidité.
Composition pour raccommoder le cristal, le verre, la porcelaine et la fayence.
— Prenez une demi-livre de caillé de lait écrémé, lavez-le jusqu'à ce que l'eau qui sert au lavage reste limpide; exprimes toute l'eau; puis mélangez ce caillé avec six blancs d'oeufs ; exprimez d'un autre côté le jus d'une quinzaine de gousses d'ail, et ajoutez-le aux deux premières substances; triturez le tout fortement dans un mortier, puis ajoutez chaux vive en poudre tamisée graduellement, assez pour faire une pâte sèche, que vous agitez jusqu'au moment où elle forme un mélange exact.
Lorsqu'on veut se servir de ce mastic, on en prend une partie qu'on broyé sur une glace avec la mollette et un peu d'eau ; lorsqu'il est bien broyé, on le pose sur les fragment qu'on veut réunir, ou dans les fentes que l'on veut boucher; on ajuste avec soin et on fixe avec force les objets à réunir, et on laisse sécher à l'ombre.
Ce mastic résiste au feu et à l'eau bouillante, si on a la précaution de le bien laisser sécher.
Raccommoder la porcelaine fendue.
— Lorsque l'on a des porcelaines fendues assez pour qu'elles laissent échapper le liquide qu'on y met, il suffit de frotter fortement la fente avec une amande amère sèche. Ce raccommodage est parfait, et le vase ainsi réparé contiendra tous les liquides aussi bien que s'il n'était pas gercé ou fendu.
Moyen de reconnaître si le vernis des poteries n'est pas nuisible.
— L'emploi des vases de terre vernissés est souvent nuisible par l'effet des substances métalliques qui entrent dans la composition du vernis ; les vases blancs sont donc préférables aux autres. Avant d'en faire usage, on doit faire bouillir dedans un peu de vinaigre qui ne doit point altérer le vernis ou l'émail lorsque celui-ci est bon, ni former aucun précipité, quand on en verse une cuillerée dans un verre d'eau de savon.
—Le poisson ne doit jamais être cuit dans du fer, ou dans des vases de fonte ou de fer-blanc, ni coupé avec un instrument d'acier.
Une viande marinée doit être placée dans de la faïence ou du grès, jamais dans de la terre vernissée.
Tout aliment vinaigré ou mariné dans le vinaigre doit être accommodé dans de la faïence, ou l'argent, et non pas dans un vase de cuivre rouge, étamé ou en fer-blanc, ce qui arrive le plus ordinairement.
Les oiseaux doivent, pour être conservés, avoir les yeux, la peau du bec et de la gorge arrachés. On doit avoir grand soin de reboucher avec du papier gris toutes les ouvertures naturelles ou celles qui auraient été faites pour vider l'animal. On doit employer les mêmes précautions pour toute espèce de gibier.
Les poissons de prix que l'on veut conserver doivent être placés dans une poissonnière, sur un lit de persil, et arrosés de vin fort ; on ajoute un quart de vinaigre si le vin n'est pas capiteux. Ce procédé est préférable à la salaison, qui n'a lieu que très-inégalement.
— Une bonne manière de conserver les pommes, pratiquée par quelques fermiers d'Amérique, consiste à les mettre dans des tonneaux avec du sable. A cet effet on emploie du sable qu'on a eu soin de faire sécher pendant l'été ; on en répand au fond du tonneau une couche sur laquelle on place un lit de pommes qu'on recouvre d'une couche de sable, et ainsi successivement jusqu'à ce que le tonneau soit rempli.
Cette méthode a l'avantage de préserver les pommes du contact immédiat de l'air, qui est la cause la plus active de leur destruction ; elle les prive aussi d'une humidité surabondante qui ne leur est pas moins nuisible. Le sable répandu également entre les pommes absorbe une partie de leur humidité, de sorte qu'elles ne conservant que ce qui est nécessaire pour les maintenir en bon état. On a aussi l'avantage de leur conserver l'arôme ou le bouquet qui leur est propre, et qui se perd lorsque les fruits restent exposés à l'air. En disposant ainsi les pommes dans des tonneaux, dans des caisses ou même dans le coin d'une chambre, elles seront bien moins exposées à la gelée, à la variation de température et à l'humidité du lieu où on les aura placées.
On pourra par ce moyen prolonger la durée de ce fruit jusqu'aux mois de mai et de juin.
Conservation des végétaux alimentaires.
— En général les légumes, pour être conservés, doivent être séparés de ceux qui ne sont pas de même espèce par ce qu'ils se communiquent réciproquement leur saveur particulière. Ces végétaux ne doivent pas non plus être placés dans l'eau ni même lavés ou rafraîchis par des aspersions d'eau, jusqu'au moment où ils doivent être consommés, parce que leur saveur en serait altérée. Avant de les cuire, s'ils sont devenus flasques et coriaces, on leur rend leur délicatesse en coupant le bout inférieur de la tige et en exposant à fleur-d'eau la section fraîchement coupée, ou en plongeant la plante entière dans l'eau si l'amputation n'est pas possible.
Les racines charnues et juteuses doivent être gardées dans un lieu frais, obscur et humide. On les met en tas peu volumineux pour empêcher d'un côté qu'elles ne se rident, et de l'autre qu'elles ne s'échauffent.
Dans bien des cas, la principale affaire est de prévenir l'évaporation. Les pommes de terre, les navets, les carottes et autres racines ne doivent pas être nettoyés de la terre qui y adhère, parce qu'on blesserait les petites fibres qui la retiennent et qu'on hâterait l'évaporation. Par la même raison l'herbe doit être coupée très-près de la racine; mais il faut prendre garde d'atteindre celle-ci.
Il faut prendre toutes les précautions pour empêcher la gelée qui détruit la vie des végétaux, ou pour ralentir leur complète maturation. Les groseilles, les cerises, les prunes de Damas, etc., cueillies bien sèches et en bon état, peuvent être mises en bouteilles, hermétiquement fermées et couchées dans le sable. Les grappes de raisins fins peuvent être conservées dans des sacs ou cornets, en garnissant de cire la queue de la grappe pour empêcher l'humidité de s'échapper, ou bien on les étend dans du son ou du sable bien sec.
Les airelles se conservent dans l'eau, et ce moyen réussi quelquefois pour les pommes.
Enlèvement du mauvais goût aux légumes.
— On prend 69 parties d'eau et une partie de chlorure de chaux, ou bien 1 litre d'eau et 2 gros de chlorure, on délaye le chlorure dans l'eau, on laisse déposer, on sépare le liquide éclairci, et on s'en sert pour laver les légumes ; si l'odeur désagréable persistait, on laisserait les légumes en contact avec l'eau de chlorure pendant deux heures. On termine ensuite par un lavage à l'eau ordinaire. Les légumes, ainsi lavés, peuvent être servis sur nos tables : il ont repris leur saveur naturelle, ils jouissent de toutes les qualités qu'on exige dans ces alimens.
Procédé pour la conservation des viandes.
— A un garde-manger en bois ou en toile, placé à l'ombre et exposé autant que possible au nord, on adapte une roue à vent de 3, 4 ou 5 pieds de bras, dont l'axe pénètre dans l'intérieur et repose sur un mentonnet, A cet essieu sont adaptés plusieurs volans qui, mis en mouvement par la moindre agitation de la roue extérieure, renouvellent et établissent un courant d'air extrêmement vif, qui suffît pour empêcher la putréfaction. Les alimens sont placés sur des tablettes, ou mieux, suspendus dans le voisinage des volans. Par ce moyen fort simple, on peut conserver bien au-delà du terme ordinaire des viandes, du gibier, et même du poisson ; ou peut en faire usage dans les laiteries considérables et autres lieux où l'air a besoin d'être souvent renouvelé.
— La manière suivante de conserver le lard est d'autant plus utile qu'elle est simple et peu coûteuse. Après que le lard a été dix-sept jours dans le sel, on prend une caisse qui en puisse contenir trois ou quatre pièces, puis on met du foin au fond, et on entoure chaque pièce avec un lit de foin; on ferme la boîte, lorsqu'elle est bien remplie et foulée avec du foin dans toutes les parties, on la dépose dans un lieu sec, en évitant de l'exposer aux attaques des animaux nuisibles. Le lard que l'on conserve de cette manière ne rancit jamais et conserve un excellent goût.
—Pour transporter les œufs frais d'une contrée à une autre, il faut les plonger dans une dissolution de gomme arabique et les couvrir de charbon pulvérisé. La gomme arabique, comme vernis, fait un meilleur effet qu'aucune autre gomme résine ; car on peut aisément la faire disparaître en la lavant dans l'eau tiède ou fraîche, et en outre elle est à bon marché. Les œufs traités de cette manière se conservent pendant plusieurs années ; car un lit de charbon maintient autour des œufs une température égale ; il les empêche d'éprouver des alternatives de chaleur et de froid. Cette méthode est infiniment préférable à celle de graisser les œufs; car, lorsque la graisse devient rance, elle hâte la putréfaction de la matière animale de l'œuf.
— Prenez 7 à 8 litres d'orge ou d'avoine, et placez-les dans un four après qu'on en a retiré le pain, ou bien mettez-les dans une poêle à frire, et chauffez-les en remuant sens cesse jusqu'à ce que l'humidité que contient le grain soit évaporée, mais pas assez pour le brûler.
Concassez les grains avec soin, et versez dessus 16 à 17 litres d'eau à 80° du thermomètre centigrade ; laissez reposer 3 heures et décantez ; faites chauffer 14 autres litres d'eau jusqu'à 90 cent. ; versez sur le grain, agitez, laissez reposer 2 heures et décantez ; enfin versez sur le grain 14 litres d'eau froide ; agitez de même; décantez après une heure et demie de macération, et réunissez tous les liquides; délayez ensuite 6 kilos de mélasse dans 30 litres d'eau tiède ; mêlez cette dissolution à la première, et jetez dedans 250 grammes de houblon de bonne qualité, en ayant soin de brasser la liqueur tant que le houblon viendra surnager.
Au bout d'une heure et demie ou 2 heures, lorsque la liqueur n'est guère plus chaude que le lait qu'on vient de tirer, prenez 2 fois plein un verre à boire de levure; délayez-la avec une partie du liquide, puis versez la dissolution dans la liqueur ; brassez fortement ; laissez fermenter dans un lieu dont la température soit modérée pendant 18 heures, en recouvrant le tout d'une couverture si le temps est froid et humide ; versez enfin dans un quartaut de façon qu'il soit entièrement rempli ; laissez-le ouvert pendant 3 jours ; mettez alors la bonde, et au bout de 15 jours vous aurez une bierre d'un goût exquis.
On doit avoir soin que l'eau qui sert à faire macérer le grain ne soit pas trop chaude, et dans aucun cas n'atteigne le degré de l'ébullition.
Moyens d'utiliser les soirées d'hiver et les jours de chômage par divers ouvrages.
Les améliorations qu'on peut introduire dans l'agriculture doivent avoir principalement pour but le meilleur emploi paisible du temps, du sol et de ses produits. La plupart des instructions rurales, qui ont été publiées ont servi à indiquer quel serait le meilleur emploi du sol, très-peu ont traité de celui du temps et de celui des produits, en sorte que ces deux moyens de prospérité ne sont encore bien pratiqués chez nous que dans quelques localités. On trouve un beaucoup plus grand nombre d'exemples de ce genre à l'étranger, notamment en Angleterre, dans plusieurs parties de l'Allemagne, en Suisse et dans le royaume des Pays-Bas. Ce sont diverses espèces d'industrie manufacturière, établies dans les habitations rurales, qui peuvent mettre nos agriculteurs à même de tirer un parti avantageux d'un temps trop souvent perdu par eux aux époques où la saison ne permet pas des travaux assidus dans les champs.
Par là ils pourraient :
1° acquérir le bénéfice de la première main-d'œuvre sur beaucoup de produits ruraux qu'ils livrent bruts au commerce ;
2° tirer un parti avantageux d'un grand nombre d'objets qu'ils laissent détériorer, ou qui sont tout-à-fait perdus, faute de connaître les procédés qui mettraient à même de les rendre propres à la consommation.
La plupart des travaux manuels qu'on pourrait introduire dans nos campagnes ne sont pas d'une exécution plus difficile que ceux qui, déjà, y sont exercés : Ainsi, les bières de ménage et les liqueurs fermentées, tirées des fruits et des racines sont aussi faciles à fabriquer que les cidres, les vins et les poirés ; la préparation des fromages de longue conservation ; la dessiccation et la préparation des graines, des fruits, des viandes et autres parties des animaux ; le tissage des plantes filamenteuses, notamment du lin et du chanvre ; le lavage des laines ; l'emploi des bois pour faire une multitude d'instrumens et d'objets utiles, tels que sabots, manches d'outils, cadenas et serrures en bois, pelles à four et autres, cuillères, sébilles, et tout ce qui constitue l'art du boisselier ; la fabrication des chaises de paille ; le travail des écorces. des pailles, des osiers pour faire des paniers, des tresses, des paillassons, etc. ; la manutention du fil de fer en objets divers, en treillages ; celle des fils et ficelles en filets à pécher et autres, etc. ; celle des pièges pour les animaux nuisibles, de divers objets de pêche et de chasse ; celle de divers jouets d'enfant dont la valeur est peu considérable, mais forme cependant un emploi secondaire très-utile du temps des pâtres et des bergers d'Allemagne : l'usage de ces divers métiers, dont la main-d'œuvre est très-simple, et dont les produits s'écoulent sûrement, et en tout temps, offriraient donc sans difficulté de plus grands bénéfices que l'emploi du tricot et du rouet, commun aux habitans des campagnes.
L'observation éclairée n'a encore porté aucun secours de cette espèce aux cultivateurs ; en sorte que, d'une part, tout ce qu'ils pratiquent déjà en ce genre peut être considérablement perfectionné, soit par l'emploi de machines mieux appropriées à leurs travaux, soit par la publication de procédés plus économiques qui leur sont inconnus ; de l'autre part, on peut facilement décupler leurs moyens d'industrie manufacturière, en leur indiquant des travaux d'une facile exécution, pratiqués avec avantage dans divers lieux, et dont ils n'ont aucune idée.
En cherchant à rassembler des renseignements plus complets et suffisamment détaillés sur les procédés d'industrie
manufacturière déjà exercés dans les habitations rurales, la Société POUR L'ÉMANCIPATION INTELLECTUELLE a pour
but principal de donner à ceux qui voudraient les adopter la certitude qu'ils sont déjà pratiqués avec bénéfice
et facilité ; en conséquence, à l'exemple de la Société d'encouragement, elle ouvre un Concours pour qu'il
lui soit adressé d'ici au mois de septembre 1835, des descriptions convenablement développées, pour que, suivant
leur importance, les procédés qu'elles auront pour objets puissent être pratiqués, soit par de simples manouvriers,
soit par des propriétaires ruraux ou par des fermiers ; elle exige encore que les dépenses et les bénéfices
du travail soient établis ; elle désire que les concurrens proposent les améliorations qu'il leur paraîtrait
possible d'introduire dans les procédés qu'ils auront à faire connaître, et aussi qu'ils indiquent les travaux
fructueux d'industrie manufacturière qui, n'ayant point encore été exercés dans les campagnes, seraient néanmoins
de nature à y être pratiqués.
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Mis à jour le 3 août 2006