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Notions d'Agriculture.

L'agriculture, en France, est arrivée à un haut degré d'avancement dans quelques grandes fermes et chez quelques riches propriétaires ; elle est aussi très-avancée en théorie, c'est-à-dire dans les livres qui l'enseignent  ; mais, on doit l'avouer, dans la pratique générale, elle est très-arriérée : presque partout la vieille routine fait encore perdre la moitié ou le tiers du sol, et, en éloignant de la culture les racines et les fourrages artificiels, empêche la multiplication des bestiaux, par suite celle des engrais, et rend impossible toute amélioration du sol et toute bonne culture.

L'agriculture ne fera de rapides progrès que quand ses principes seront étudiés, connus et appliqués par les trois classes de cultivateurs qui exploitent la terre :

1e les grands fermiers, dont l'exploitation dépasse 100 arpens (50 hectares) ;

2e les fermiers, propriétaires ou métayers, qui cultivent une étendue de 20 à 100 arpens (10 à 50 hect. ; )

3e les petits cultivateurs ou ménagers, qui ont jusqu'à 10 arpens (5 hect.) à cultiver.

 

Les deux premières classes ont besoin de connaissances trop étendues et trop variées pour leur donner place dans un almanach ; elles pourront d'ailleurs profiter de ce que nous dirons pour la troisième, dont nous nous occuperons plus spécialement, comme la plus nombreuse, la plus laborieuse et par conséquent la plus utile, enfin sous tous les rapports digne du plus grand intérêt.

 

La classe des petits cultivateurs se compose, dans le nord, l'est et l'ouest de la France, des familles qui cultivent de petites portions de terre, et exercent tout à la fois une profession ; dans le centre et le midi, de celles qui cultivent la vigne et exercent aussi quelques métiers. Dans toutes les contrées où les propriétaires louent leurs terres en détail aux petits ménagers, ils en tirent une rente d'un tiers au moins plus forte que celle que peuvent payer les fermiers qui exploitent de grosses fermes. La raison en est simple : les pauvres ne comptent pas l'emploi de leur temps ; ils versent sur leurs terres, sans s'en apercevoir, un capital en main-d'œuvre beaucoup plus considérable que ne saurait le faire le plus riche fermier et la terre, qui produit en raison des avances qu'elle a reçues, leur rend, en produits bruts que ces familles consomment, une juste indemnité de leurs travaux.
La première chose à améliorer, c'est la construction et la disposition des chaumières : les propriétaires qui entendent bien leurs intérêts et savent jouir du bonheur de ceux qui les entourent, devraient aider sous ce rapport les habitans des campagnes, et l'on ne peut douter du mouvement d'amélioration rapide qu'on imprimerait à l'agriculture en France, si chaque propriétaire aisé s'appliquait à créer une chaumière sur le plan que nous allons indiquer.
Une chaumière de 12 pieds de large sur 20 pieds de longueur, avec une étable pour deux vaches, adossée à un pignon, et un toit à porc adossé à l'autre, suffit pour une famille de quatre à cinq personnes. Un petit hangar ouvert tient lieu de grange, et d'abri pour les ustensiles. Une petite partie du hangar peut être fermée si l'habitation n'est pas enclose de murs ou de haies, et le tout doit coûter quelquefois moins de 1,000 fr., mais jamais plus de 1,500 fr., en n'employant que les matériaux du pays.Plan de maison

 

A chambre avec deux lits, chauffée par une cheminée ;

B seconde chambre, pouvant être chauffée par un poêle ;

C hangar couvert ;

D vacherie ;

E porcherie.

 

Mobilier. — Deux vaches que l'on dresse au travail, un porc, un petit charriot fort léger, une charrue légère à versoir, un petit binot, une herse, un hache-paille, tel est le mobilier d'exploitation qu'un propriétaire peut livrer pour une valeur de 600 fr. environ.

 

Culture. — L'étendue de l'exploitation sera de 5 arpens environ, d'une valeur locative de 125 à 150 fr., et avec la rente du capital du mobilier et de l'habitation, de 225 à 250 fr. Aux façons à la bêche et à la main, que la famille exécutera, on ajoutera le labour à la petite charrue opéré par les vaches qui ne seront attelées qu'une heure le matin et le soir. Le fumier des deux vaches et du porc, les ordures de la maison qu'on recueillera soigneusement, la litière composée de mauvaises herbes, de gazons enlevés le long des chemins et de terres légères, fourniront assez d'engrais pour fumer convenablement ce terrain auquel on pourra demander tout ce que l'on voudra.
Produits. — Si l'on adopte l'assolement suivant, on aura, année moyenne, des produits de la valeur approximative ci-après :

1 arpens
Blé d'hiver.
10 hectol. 120 f.
- id.-
 —  de mars.
8 hectol. 96 f.
- id.-
Pommes de terre ou divers légumes
100 hectol. 200 f.
- id.-
Trèfle
400 bottes 60 f.
- id.-
Luzerne
700 bottes 140 f.
 
Total.
  616 f.

 

En réservant le trèfle, la paille, une partie de la luzerne et des pommes de terre pour la nourriture des vaches et du cochon, il reste un produit moyen d'environ 500 fr., dont la moitié forme à peu près la rente du propriétaire. Cinquante journées du chef de la famille, étant suffisantes au soin de sa petits culture, pour labours, semailles et récoltes, pour peu qu'il soit laborieux, il pourra donner les cinq sixièmes de son temps au travail d'une profession quelconque : or, 250 journées, à raison de 1 fr. 50 c., donnent 375 fr., avec lesquels il a de quoi payer la rente et le chauffage. Il trouve donc sa consommation, son entretien et celui de sa famille et au-delà, en lait, beurre, pain et légumes, dans le produit de sa location ; son sort est aussi heureux qu'il peut l'être, et sitôt qu'un seul de ses enfans sera capable de prendre part à ses travaux et de gagner 1 fr. par jour, il arrivera à l'aisance.

Engrais et fumiers, leur préparation.

On sais que toutes les substances végétales et animales susceptibles de te décomposer, forment des engrais : combien donc n'a-t-on pas de reproches à faire lorsqu'on en voit laisser perdre un si grand nombre et de si actifs, tels que les feuilles des arbres, les mauvaises herbes, les plantes des marais, les marcs de fruits, les tourbes, la suie, les cendres, les corps des animaux morts, les os broyés ou concassés, le sang, les urines et déjections de l'homme et des animaux, les ordures, balayures et boues des cours et des rues, la vase et le limon des étangs et fossés, la chaux, le plâtre, les marnes, etc., etc.

L'art de préparer les engrais est une des opérations agricoles les plus importantes, et cependant des plus négligées dans beaucoup de lieux. L'usage le plus généralement répandu consiste à entasser dans un coin de la cour les fumiers et les litières, au fur et à mesure de leur sortie des étables. On en forme ainsi une masse, dont les différentes parties sont très-inégalement soumises à la fermentation et à la décomposition ; exposée aux pluies et aux vents, l'eau et l'air en entraînent les parties les plus solubles et les plus volatiles ; cette méthode est donc très-défectueuse.

Il conviendrait que la fosse à fumiers construite en maçonnerie ou au moins en terre glaise bien battue, fût abritée par un hangar ou un appenti, que l'on eût soin d'humecter la masse quand la fermentation ne s'y établirait pas suffisamment, et de la retourner ou bien d'y mélanger des plâtras, des gasons, des bruyères, des balayures, de la terre même, si cette fermentation devenait trop forte. On laisse le fumier dans la fosse selon le degré de décomposition que l'on veut avoir ; mais le moment où la paille brunit indique en général qu'il est temps de transporter le fumier dans les champs, où il doit être enterré immédiatement, ou bien d'opérer les mélanges que nous venons d'indiquer.

Il est bon de connaître la méthode des Flamands pour préparer un engrais liquide putride. Dans une fosse plus ou moins grande, construite en briques et en forme de citerne, ils déposent les urines des hommes et des animaux, etc. Ils y ajoutent les vidanges des lieux d'aisances et du marc d'huile, et forment du tout un mélange liquide dont la putridité est excessive. On le répand sur les terres avec des tonneaux ou baquets, et il leur communique un degré de fertilité extraordinaire. A voir l'insouciance que l'on met à recueillir les engrais liquides, et notamment les sucs qui coulent des fumiers et les urines, il semble qu'on ignore leur puissance comme engrais. En les laissant perdre, on se frustre peut-être de la moitié des principes fécondans dont on aurait pu disposer.

La masse principale des engrais est fournie par les litières mêlées aux excrémens des bestiaux. Lorsque leur rareté oblige de les ménager ou de s'en servir pour la nourriture des animaux, on peut y suppléer en couvrant le sol des écuries et bergeries de terre bien meuble et à moitié séchée, laquelle servira d'excipient pour les déjections animales, se chargera en outre des substances exhalées par leur transpiration et formera un fort bon engrais. Cette méthode offre encore l'avantage d'amender le sol en même temps qu'on le fumera ; à cet effet, il suffit de déposer dans les étables une terre qui ait des qualités opposées à celle où l'en doit transporter l'engrais.

Instrumens d'agriculture.

L'adoption de quelques instrumerns perfectionnés très-simples et peu coûteux est une des conditions du progrès de l'agriculture. Les principaux sont :

L'araire on charrue à versoir sans roues ni avant-train, avec laquelle on peut labourer dans toutes sortes de terrain.

Araire

 

La houe à cheval, extirpateurs, scarificateurs ou cultivateurs, à l'aide desquels on peut arracher les mauvaises herbes, biner, sarcler, butter, avec la plus grande facilité et promptitude.

Houe

 

Le binot ou sarcloir à main.

Binot

 

La herse et le rouleau qui servent à émietter, niveler, ameublir, tasser la terre, couvrir la semence, etc.

Herse

 

Le hache-paille et coupe-racine, qui terrent à hacher la paille et les racines pour la nourriture des bestiaux, et en font ainsi tirer un bien plus grand parti qu'en les donnant sans préparation.

Hache-paille

 

Le tarare, sans lequel il est impossible d'avoir du grain net et bien propre, et qui en nettoie très-vite une grande quantité.

Tarare

 

La baratte tournante pour la préparation du beurre.

Baratte

 

 

Ce petit nombre d'instrumens n'offrent aucune difficulté, ni dans leur maniement, ni dans leur construction et entretien. Les ouvriers qui construisent les ustensiles ordinaires pourraient sans difficulté fabriquer ceux-ci, et ils pourraient bientôt les donner à des prix très-modérés ; ainsi la charrue pourrait être livrée à un tiers au moins au-dessous du prix de la charrue à rouet ou avant-train.


 

 

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Mis à jour le 3 août 2006

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