|
Petite histoire de l'hôtel Romagnant |
|
|
J'ai vécu à Douai pendant mes dix-sept premières années. Nous habitions au 4 de la rue de la Fonderie*, dans l'hôtel Romagnant, résidence des Gouverneurs de la Fonderie de canons de Douai. Historique du site Sur le site de l'Ancienne Fonderie de canons de la ville, un parcellaire régulier a
été mis en évidence pour la première fois en France. Au cours du IXème
siècle, et d'une manière assez soudaine, le peuplement s'est densifié au point de recouvrir
l'espace de parcelles entourées d'un clayonnage de baguettes souples. On peut alors parler d'agglomération
pré-urbaine. Plusieurs incendies successifs vont détruire ce site, mais, il sera chaque fois
réoccupé. C'est de cette époque que datent les premiers documents écrits qui attestent
l'existence du "Castrum Duacum" dont des fondations sont encore visibles à l'intérieur
de jardins, rue de la Massue. L'enceinte passait sensiblement à l'intérieur du cours d'eau tantôt
à l'air libre, tantôt recouvert, qui part de la Scarpe actuelle au Moulin des Augustins, traverse
la Fonderie, rejoint par la rue des Moudreurs, les rues St-Samson, de la Cloche et de la Massue pour revenir
à la Scarpe. C'est dans ce périmètre que fut construit l'hôtel Romagnant. Douai, ville franche. Douai (Dowaai en flamand) reçoit en 1184 , une charte de franchises communales. Un premier donjon est édifié à coté des bâtiments du Comte de Flandres. Des échevins administrent la cité dès la fin du XIIème siècle avec un pouvoir important concernant les édifices, le commerce et l'industrie. Les halles municipales préfigurent l'Hôtel de Ville. Le beffroi de pierres est construit à partir de 1380, dans un style gothique élégant pour abriter les " appiaulxt", les cloches qui rythment la vie de la cité. La construction s'interrompt en 1410 puis reprend et est en partie détruite par un incendie. [Sources] Construction de l'hôtel En 1512, Philippe de BERNAY, chanoine de la collégiale Saint-Amé toute proche,
fit édifier le premier bâtiment à l'emplacement de la motte argileuse, encadrée
par deux ruisseaux, qui a vu naître Douai. Ses bâtisseurs utilisèrent, comme matière
première, le matériau du "castrum
duacum" datant du Xème siècle, bâtis par le comte
de Flandre Arnoul Ier. Dans une des caves, nous pouvions encore voir un reste des murailles. Je n'ai nulle part trouvé l'origine du nom de Romagnant. Les premiers propriétaires ? En 1667, la guerre de Dévolution amène Louis XIV au pied des fortifications et après un siège de 4 jours, la ville est prise et le traité d'Aix-la-Chapelle en 1668 la rattache à la France. Louis XIV décide den faire un centre militaire important. Il y installe des casernes, un arsenal, lEcole dArtillerie et une fonderie de canons. Cette dernière est édifiée sur lemplacement de lancien château des Comtes de Flandre. En 1669 Louis XIV en confie lexploitation aux frères KELLER, fondeurs suisses très réputés. En 1696, elle passe à la famille BÉRENGER et sera gérée par elle jusquen 1819. C'est en 1738 que s'achèvent les travaux de transformation de l'hôtel Romagnant pour l'amener à sa configuration actuelle. Un deuxième corps de bâtiment est construit par dessus l'eau. C'est ainsi, qu'enfant, je pouvais voir passer une "rivière" dans nos caves. (fig.2) Jean-François BÉRENGER, né et mort à Douai (1725-1802), fut nommé commissaire général des fontes de l'artillerie en 1765 et anobli en 1775. En 1760 il prit la direction de la fonderie de Douai et y fit fondre environ 12.000 pièces (canons et bouches à feu). Ce Béranger là habitat le même hôtel que nous. De 1819 et jusquà sa fermeture en 1867, la fonderie de canons sera dirigée par des officiers dartillerie. Notre installation. Abandonné, cet hôtel particulier était dans un piètre état lorsque nous nous y sommes installés en 1943, juste avant les bombardements de 1944. Il devint alors abri municipal et, à chaque alerte, nous descendions au deuxième étage des caves. Mon père passa plusieurs années à le rendre habitable. La cage d'escalier a été représentée par mon père en 1944. La construction avait cependant belle allure et l'espace ne manquait pas. Au rez-de-chaussée
des pièces non restaurées nous obligèrent à vivre à l'étage. Neuf
grandes pièces suffisaient pour loger confortablement six personnes. Chaque pièce avait sa cheminée
avec une plaque armoriée
et de nombreuses portes possédaient encore des poignées
ornées de la fleur de lys. Salles hautes, plafond mouluré, boiseries, mur de tentures, furent
le décor de mon enfance. Cette photo, un positif 6x9, donne une idée du bâtiment en 1950. Aujourd'hui. (voir avec GoogleMaps) Le bâtiment actuel a été classé aux monuments historiques par Mlle
Lesage : Acheté par la Ville de Douai en 1983, le bâtiment devait accueillr le département des archives municipales. Mais la crainte d'un effondrement sous le poids de la mémoire écrite fit capoter le projet. Revendu en1986 et transformé en 1987 en hôtel de tourisme "Ibis", il possède 42 chambres. Seuls les murs extérieurs et une partie de la cage d'escalier ont été conservés. Pourvu d'un seul étage à l'origine, il en possède maintenant trois. Un restaurant fut initialement installé au rez-de-chaussée et des salons de réception sont aménagés dans ce qui fut des caves. [Ce restaurant est aujourdh'hui tranféré dans un hôtel du XVIIème, sis rue Saint-Samson, en face de la rue d'Esquerchin et ayant appartenu à un de mes amis d'enfance.] Hélas, la qualité de la restauration et l'entretien actuel ont fait de ce bâtiment une pauvre bâtisse sans âme. Façade ouvrant vers la place St-Amé - Côté qui fut celui du jardin.
* Il semble que le 4 de la rue de la fonderie soit désormais le 40 de la rue des moudreurs.
|
|
|
|
|
|
|
|